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Un CPE expulse un enfant autiste parce qu'il «coûte trop cher»

Par NTD

L'équipe journalistique de l'émission La Facture a révélé qu'un Centre de la petite enfance (CPE) de la Montérégie avait expulsé un enfant autiste parce que les soins requis par sa présence étaient jugés comme étant trop coûteux.

Selon Martine Quevillon, la mère de l'enfant autiste nommé Mickael, le CPE avait été informé de la situation particulière de l'enfant et cela n'avait causé aucun problème lors de son arrivée. La mère explique: "La dame a dit : “Inquiétez-vous pas on en a déjà eu d'autres. On va vous le garder jusqu'à temps qu'il rentre à l'école”. [...] Il s'est mis à faire du progrès en voyant les autres enfants (...)  il y a eu plein d’évolution sur le plan social".

Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce qu'un matin de l'automne dernier, la mère se fasse accueillir ainsi: "Le premier bonjour a été : 'Votre fils coûte trop cher. Il prend le budget des autres'."

Le CPE fait toutefois savoir à la mère que des démarches ont été entreprises auprès du ministère de la Famille pour obtenir la Mesure exceptionnelle de soutien à l’intégration dans les services de garde pour les enfants handicapés ayant d’importants besoins (MES). On espère ainsi pouvoir obtenir une aide financière de 35 000 dollars qui a pour but de soutenir l’intégration d’enfants lourdement handicapés.

Mais le 10 janvier, les parents de Mickael apprennent que leur fils n'a plus sa place au CPE, et ce, après deux ans de fréquentation.

La mère est évidemment sous le choc en apprenant une nouvelle de la sorte: "J'étais triste de voir la manière que le renvoi a été fait. (....) On s’est sentis comme de la marde, pas écoutés, pas respectés. Il a le droit lui aussi d'avoir sa place dans la société. C’est pas parce qu’il est handicapé qu'il n'a pas le droit là".

Pour ajouter à l'incompréhension de la mère, celle-ci apprend le lendemain que le CPE est finalement parvenu à obtenir l'aide de 35 000 dollars alors que cette aide a justement pour objectif d'éviter l'expulsion d'enfants: "J'étais déçue. Ils me parlaient tout le temps d’argent, argent, argent, mais là ils l'ont, mais ils ne veulent plus donner le service".

Pour sa part, la directrice du CPE, Guylaine Fortin, a déclaré aux journalistes de Radio-Canada lors d'un entretien téléphonique: "Ce n’était vraiment pas un enjeu d’argent puisque justement c’était prévu financièrement. C’est tout simplement parce que j’ai perdu mon personnel qui avait les compétences et les habiletés à accompagner un enfant. C’est vraiment par des contraintes excessives qui nous ont amenés à prendre cette décision-là qui a été très difficile pour nous".

Enfin, questionné à ce sujet, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a expliqué: "Si c'est une question de pénurie, de rareté de main-d'oeuvre, là évidemment le défi il est très exceptionnel, parce qu'on vit une situation qui est exceptionnelle. Est-ce que ça justifie d'expulser un enfant, je vous dirais que non. Mais est-ce que ça représente un défi particulier? C'est clair que oui [...]. On va s’attaquer à la valorisation de la profession pour dire "vous savez quoi, il y a de l’avenir dans le réseau, on n’est pas en mode compressions, on est en mode développement".

Source: ICI Radio-Canada

Crédit Photo: Courtoisie